/!\ Cette série a pour but de conclure l’histoire de Pokémon Origins, et devrait être lue uniquement après avoir fini les 5 Chapitres disponibles dans le fan game ainsi que les autres fictions de notre site web.
Épisode 3 : Libérateur
Sur une minuscule île rocheuse perdue au milieu de l’océan, deux hommes se tenaient à l’ombre d’une falaise. Ils portaient de longs manteaux noirs dont la capuche dissimulait leur visage.
— Ça fait deux heures que je t’attendais… souffla le premier.
— Désolé, répondit le second avec fermeté, la mer est imprévisible, ces temps-ci.
— On n’a pas de temps à perdre. Je vais te donner les détails tout de suite.
L’homme mystérieux sortit de sa besace plusieurs plans contenant toutes sortes d’annotations, et continua son discours :
— L’un de nos frères a sacrifié sa vie pour obtenir ces informations. Il a infiltré la Confrérie de la Terre avec succès, et a pu nous transmettre des bribes de documents confidentiels. Malheureusement, tout porte à croire qu’il a depuis été compromis…
— Encore une perte… s’attrista le plus jeune. Nos effectifs se réduisent dangereusement.
— Je ne doute pas qu’il a rempli son devoir jusqu’au bout, auquel cas l’ennemi ignore encore quelles informations ont fuité. C’est donc à toi de faire en sorte que son sacrifice n’ait pas été vain.
Le messager consulta ses plans pendant quelques instants et reprit :
— L’objectif se trouve à 40 km au sud-est : il s’agit d’une petite île d’environ 100 hectares. Elle est en bonne partie couverte de végétation, mais sa côte est escarpée et difficile d’accès. Plusieurs miradors ont également été installés tout autour de l’île pour surveiller l’océan dans toutes les directions.
— Eh ben… On dirait qu’ils gardent quelque chose de précieux. Et qu’est-ce que c’est, au juste ?
— C’est là que nos informations sont limitées. Nous savons qu’au moins un prisonnier se trouve dans un cachot au centre de l’île. Mais son identité est si confidentielle qu’aucun document n’en fait mention.
— Et donc je dois risquer ma vie pour un inconnu ?
— Notre Leader pense qu’un tel dispositif de sécurité ne peut avoir été déployé que pour un prisonnier de grande valeur. Il y a de bonnes chances que ce soit un dignitaire d’une autre Confrérie, ou bien quelqu’un qui détient des informations capitales. Quelqu’un dont ils ne pouvaient pas simplement se débarrasser.
— Je vois…
— Voici comment tu vas procéder : tu vas approcher l’île à bord de ton voilier. Tu utiliseras la capacité « Voile Miroir » de mon Milobellus pour refléter la lumière du soleil. L’embarcation sera ainsi pratiquement invisible aux yeux des sentinelles. C’est pour cette raison qu’il est crucial d’arriver par le sud, par cette journée ensoleillée. Une fois à terre, tu vas te dissimuler dans la végétation et te présenter devant le cachot avec cet uniforme de fidèle de la Terre. Le cachot est entouré de gardes, mais seul l’un d’entre eux se rend à l’intérieur pour surveiller le prisonnier. Une relève a lieu toutes les 3 heures. Chaque fidèle détient un numéro confidentiel qu’il doit communiquer au fidèle dont il prend la relève. Notre frère infiltré est parvenu à recopier quelques-uns de ces numéros, retient bien celui du fidèle de 15 h, ce sera le tien.
— Et qu’est-ce que je fais du véritable fidèle de 15 h ?
— Je ne vais pas te mâcher tout le travail, sois efficace et discret comme tu as toujours su l’être jusqu’ici.
Les deux hommes discutèrent pendant encore quelques minutes des détails de leur plan, puis le plus jeune prit la direction de son voilier. Le messager l’interpella une dernière fois :
— Notre Leader compte sur toi. Tu as déjà prouvé ta valeur à de nombreuses reprises, mais cette opération est cruciale. Il nous faut ce prisonnier.
— Je n’échouerai pas, répondit le second avec fermeté.
Il monta à bord de son voilier et retira sa capuche, laissant apparaître de courts cheveux blonds et un regard profondément déterminé.
— Pfiou… souffla-t-il. Quelle chaleur on a, en ce moment. On étouffe, avec ces capuches.
— Mieux vaut garder ta capuche pendant la traversée, conseilla le plus âgé. C’est plus prudent.
Le jeune homme soupira et remit sa capuche. Son interlocuteur ajouta avec autorité :
— Tel est le lot de chaque Libérateur. Nos visages restent dans l’ombre, mais nos actes rapporteront la lumière à Elenos.
— La lumière, oui… Je ne perds jamais de vue cet espoir.
— Nous avons tous foi en cet avenir, et tu es un élément prometteur. Alors ne nous déçois pas.
Le plus jeune acquiesça en silence et adressa un simple signe de la main au messager qui lui lança :
— Bonne chance, Arisson.
À 40 km de là, sur une île isolée et battue par les vents, Gensîl somnolait, assis sur une planche de bois, au fond de son cachot. Il avait atteint un état d’épuisement physique et mental qu’il avait rarement connu. Son ancien confrère, le Sage du Vent, lui avait plusieurs fois rendu visite pour lui soutirer des informations, mais sans succès. Le vieil ermite avait perdu toute notion du temps, et ne vivait que dans l’espérance qu’Elenos s’engage vers un avenir meilleur, avec ou sans lui.
Pourtant, cet après-midi-là, un évènement inhabituel survint. Le fidèle de la Terre qui le surveillait se dirigea vers la sortie du cachot et échangea quelques mots avec un autre fidèle qui prit son tour de garde. Ce relais avait lieu plusieurs fois par jour et était si habituel que Gensîl n’y prêtait presque plus attention. Cependant, le fidèle qui entra cette fois-ci était différent. Aussitôt la porte du cachot refermée, il jeta des regards attentifs aux alentours, comme pour s’assurer qu’il était seul avec Gensîl. Puis, il se dirigea rapidement vers le captif d’un pas décidé. Il dévisagea un instant le vieil homme à travers les barreaux, comme s’il cherchait à l’identifier, puis il lui lança :
— Vous allez venir avec moi.
Gensîl réagit à peine à cette déclaration. Il était si épuisé qu’il ne prêtait presque plus attention à ce qu’il se passait autour de lui. Sans attendre de réponse, l’étrange fidèle sortit deux Pokéballs, et fit apparaître un Minotaupe et un Galopa.
— Le sol de votre geôle a été renforcé à l’acier, mais peu importe.
Le fidèle pointa du doigt une zone en dehors de la cage de Gensîl où la roche était apparente. Il ordonna à son Minotaupe d’y entamer un forage au plus vite. Ce dernier se mit à tournoyer et s’enfonça dans le sol à une vitesse prodigieuse.
Pendant ce temps, l’inconnu demanda à Gensîl de s’éloigner des barreaux de sa cage. Le vieil homme finit par prendre conscience qu’on s’adressait à lui, et réunit ses dernières forces pour se lever péniblement et reculer de quelques pas. Le Galopa lança alors un puissant souffle enflammé en direction des barreaux. Après quelques secondes, les tiges de fer avaient commencé à fondre. Ne craignant pas les brûlures, le Pokémon Feu donna quelques coups de cornes dans les barreaux pour les écarter, puis il se retira pour laisser la voie libre au prisonnier.
Le fidèle mystérieux rappela son Pokémon et entra dans la cage. Il tendit alors la main à Gensîl en lui lançant avec autorité :
— Je vais vous sortir de là, mais on n’a pas une seconde à perdre.
Encore interloqué par la situation, Gensîl saisit la main de l’inconnu sans trop comprendre, et se laissa guider à travers le tunnel qui venait d’être creusé. Après quelques minutes, les deux hommes atteignirent la sortie, où Minotaupe les attendait.
Gensîl aperçut alors la mer qui s’étendait sous un magnifique ciel bleu. Il ne pensait pas qu’il reverrait un jour un tel spectacle.
Le fidèle guida Gensîl entre les rochers de la côte, fouettés par de puissantes vagues. Ils atteignirent enfin un petit voilier amarré parmi les rochers. Gensîl ne l’avait pas remarqué auparavant, et constata rapidement qu’un Milobellus se tenait à la proue. Il déployait devant l’embarcation son « Voile Miroir » qui reflétait la lumière du soleil et rendait impossible toute détection à distance.
Mais quelques minutes à peine après le changement de tour de garde, un homme vêtu d’une tunique brune et arborant une barbe noire s’approcha du lieu de captivité d’un pas hâtif. L’un des fidèles qui surveillaient les alentours l’interpella :
— Ô, grand Sage de la Terre, que faites-vous ici ?
— Ouvrez ce cachot ! hurla le Sage. Je dois voir notre prisonnier immédiatement !
— M-Mais pourquoi tant de précipitations ?! bégaya le fidèle.
— Dépêchez-vous ! J’ai un très mauvais pressentiment.
Ce que le Sage de la Terre ne voulait pas prendre la peine d’expliquer, c’est que son confrère le Sage du Vent, doué d’immenses capacités de perception, avait senti une présence inconnue sur l’île. Le Sage de la Terre s’était alors précipité vers le cachot pour dissiper les doutes, mais il ne souhaitait pas s’étendre sur la question de la présence d’un membre d’une autre Confrérie qui n’avait jamais été officiellement autorisé à se trouver ici…
L’un des fidèles s’empressa de déverrouiller la porte qui menait au cachot, et le Sage de la Terre descendit les escaliers à toute allure. Il dut attendre un second fidèle qui le suivait pour déverrouiller la porte suivante.
Quand ils pénétrèrent dans le souterrain, ils découvrirent les barreaux fondus de la cage et le tunnel qui avait servi à l’évasion.
— Bon sang… souffla le Sage excédé.
L’un des fidèles s’exclama avec stupéfaction :
— J’ai laissé mon tour de garde il y a quelques minutes à peine ! Il n’y avait rien de tout ça ! Ce n’est pas possible !
Le Sage se retourna vers les fidèles qui se pressaient à sa suite et hurla :
— Bouclez immédiatement toute l’île ! Et dépêchez-vous de suivre ce tunnel !
Il était trop tard. Gensîl et le mystérieux fidèle avaient déjà pris la mer et s’éloignaient de l’île à bord de leur embarcation dont la voile était gonflée par le vent du large.
Assis sur le pont, l’ermite observait l’océan avec sérénité et soulagement. Il ne savait pas du tout où son sauveur l’emmenait, mais il avait retrouvé une lueur d’espoir.
Le fidèle se débarrassa alors de son uniforme et enfila un long manteau noir dont il rabattit aussitôt la capuche. Gensîl avait eu le temps d’apercevoir un jeune homme blond au regard déterminé.
— Je te dois la vie, jeune homme… Quel est ton nom ?
— Peu importe, répondit-il froidement.
Arisson avait les yeux rivés sur l’horizon, concentré sur son objectif. Il avait mené l’évasion à bien, mais tout n’était pas terminé. Il lui fallait encore rejoindre ses complices.
Reprenant ses esprits, Gensîl réalisa de plus en plus l’urgence de la situation et insista :
— Pourquoi m’as-tu libéré ? Es-tu l’un de ceux qui combattent pour la liberté d’Elenos ?
— Oui… Exactement.
Gensîl ressentit un immense soulagement à ces mots, et il ajouta aussitôt :
— Le destin a bien fait les choses. Dans ce cas, j’ai une unique requête à t’adresser : emmène-moi auprès de Cyrio.
À ces mots, Arisson vacilla, comme si son embarcation venait de heurter un récif. Il n’avait plus entendu ce nom depuis trop longtemps.
— V-Vous connaissez Cyrio ?!
— Bien sûr, répondit Gensîl avec une pointe de perplexité. Ce n’est pas lui qui t’envoie ?
— Non… répondit Arisson en serrant les dents. Et… je ne peux pas vous emmener jusqu’à lui. Je ne sais pas où il est…
Le Libérateur réfléchit un instant et se retourna vers le vieil homme :
— Mais qui êtes-vous, à la fin ? Et comment connaissez-vous Cyrio ?
L’ermite fut soudainement pris d’une méfiance instinctive. Ce jeune homme l’avait libéré, mais il refusait de décliner son identité et ses objectifs. De plus, il semblait tout ignorer de Gensîl. Leur seul point commun était qu’ils connaissaient tous les deux Cyrio. La situation était pour le moins curieuse.
Perdu dans ses pensées, Arisson finit par constater que Milobellus commençait à faiblir. Il déployait son « Voile Miroir » depuis si longtemps qu’il était presque à court d’énergie. Le jeune homme s’adressa au Pokémon avec fermeté :
— Repose-toi un peu, Milobellus. On est assez loin de l’île, maintenant.
Le majestueux Pokémon adopta une posture plus relâchée, et le voile disparut aussitôt.
Gensîl observait la situation avec prudence, et se décida à questionner de nouveau :
— Où m’emmènes-tu ?
— En sécurité… se contenta de répondre Arisson.
— Et pourquoi risquer ta vie pour me libérer si tu ignores qui je suis ? Qui est-ce qui t’envoie si ce n’est pas Cyrio ?
Arisson resta silencieux. Les deux hommes semblaient être dans une impasse, aucun ne souhaitant révéler trop d’informations à l’autre. Le jeune Libérateur se contentait de garder le cap que le messager lui avait fixé.
Arisson était tellement perdu dans ses pensées, les yeux fixés sur l’horizon, qu’il ne remarqua pas qu’un grand navire avançait dans sa direction, arrivant de derrière.
— Qui est-ce ? l’avertit Gensîl en lui mettant la main sur l’épaule et en pointant l’embarcation du doigt. Des amis à vous ?
Arisson sursauta en réalisant qu’il avait manqué de vigilance. Le navire approchait par le sud, et le soleil qui se reflétait sur l’océan en cette fin d’après-midi l’éblouissait totalement, impossible d’identifier l’embarcation. Il ne parvenait qu’à discerner de grandes voiles, ce qui le rassura un instant, car les Confréries utilisaient principalement des bateaux à moteur.
Mais à mesure que le navire approchait, Arisson discerna une imposante silhouette à la proue de l’embarcation. Comme un immense Pokémon. C’est alors qu’une lumière encore plus intense que le soleil se mit à émaner de la silhouette.
Le jeune homme réagit aussitôt et hurla :
— Milobellus ! « Voile Miroir » !
Le Pokémon se précipita à la poupe du petit voilier et déploya son voile. Arisson avait eu un excellent réflexe, car une puissante attaque « Ultralaser » fut aussitôt lancée par l’imposant Pokémon qui approchait. Cette fois, le « Voile Miroir » exerça sa fonction première et retourna l’attaque à son expéditeur. Le laser frôla l’immense Pokémon et vint transpercer la grand-voile du navire.
Même si Milobellus avait renvoyé l’attaque, le choc avait été puissant, et le bateau d’Arisson avait violemment vacillé. Le jeune homme tomba à plat ventre sur le pont et en perdit sa capuche. Encore un peu étourdi, il jeta un rapide coup d’œil pour vérifier que le vieil ermite allait bien, puis il se releva. Il entendit alors des cris à bord du grand voilier qui continuait à approcher.
Le soleil fut soudainement voilé par quelques nuages, et Arisson discerna alors plus clairement l’embarcation. Il se retint de pousser un cri d’effroi lorsqu’il réalisa que les voiles du navire étaient noires. Il avait déjà vu cela quelque part. De plus, le Pokémon qui avait lancé cette attaque était manifestement un Tyranocif.
Le jeune homme s’empara de la barre et se mit en tête de distancer ses poursuivants. Leur embarcation avait certainement beaucoup perdu en vitesse avec les dégâts qu’elle venait de subir.
Mais alors qu’il commençait à s’éloigner, un Tentacruel sortit de l’eau juste devant son voilier et sauta à bord. Il étreint aussitôt Arisson et Gensîl de ses puissants tentacules, tout en essayant de maîtriser un Milobellus à bout de force qui montrait peu de résistance et qui ne tarda pas à tomber K.O.
Sans barreur pour le diriger, le petit voilier perdit du terrain, et le grand navire aux voiles noires et déchirées parvint à sa hauteur.
Une voix rauque et furieuse retentit alors :
— Bon sang ! Vous vous êtes crus malins, à saccager mon navire de la sorte ! Vous allez voir quel sort les Pirates Déferlants réservent aux gredins comme vous !
Un homme blond et barbu se tenait sur le pont, entouré de son équipage qui s’affairait en tout sens pour maintenir le bateau à flot malgré les dégâts.
— A… Arisson ? C’est toi ? lança le pirate.
Les craintes d’Arisson se confirmaient, il avait reconnu l’embarcation de son père, le Capitaine Nelson. Il ne l’avait pas revu depuis leur rencontre dans la Crique des Sanglots, et c’était toujours un évènement terriblement traumatisant pour lui.
Nelson se pencha par-dessus bord pour être certain qu’il ne rêvait pas, puis il ajouta :
— J’ai failli ne pas te reconnaître, avec cette coupe de cheveux. Tu as bien fait de te séparer de cette tignasse ridicule…
Gensîl avait du mal à saisir la situation, mais il lui revint à l’esprit que Cyrio avait mentionné le nom de cet allié qui l’avait accompagné avant que leurs chemins ne se séparent : Arisson.
Nelson déploya une large planche entre son navire et celui d’Arisson, et Tentacruel rampa vers son maître en emportant ses deux prisonniers.
— Qu’est-ce que tu fais ici ? lança le Capitaine incrédule. Et qu’est-ce que c’est que ce ridicule pyjama noir que tu portes ?
— Va au diable ! répondit sèchement Arisson. Je n’ai rien à te dire !
Nelson réfléchit quelques instants en plissant les yeux, puis il déclara :
— On nous a simplement demandé de surveiller cette zone et de couler tout navire qui n’appartenait pas à la Confrérie de la Terre… Mais peut-être qu’ils donneraient un bon prix si on leur amenait des otages.
— Tu plaisantes ?! hurla Arisson. Tu t’es vendu à la Confrérie de la Terre ?!
— Allons, mon fils. Ne sois pas naïf, les pirates vont toujours là où est leur intérêt. N’y vois rien de personnel.
Le Capitaine fixa Gensîl quelques instants et ajouta :
— Je ne sais pas qui est ce vieillard que tu transportes, mais quelque chose me dit que tu n’es pas du genre à emmener des personnes âgées en balade juste pour le plaisir.
Arisson serra les dents et regarda autour de lui en essayant de trouver une solution, c’est alors qu’il aperçut le Tyranocif, toujours debout à la proue du navire. Il réalisa que l’imposant Pokémon était enchaîné.
— Ce Tyranocif, c’est…
— Ton Embrylex ? répliqua aussitôt Nelson. Désolé de te décevoir, mais le nabot qui te servait de partenaire n’a toujours pas daigné évoluer malgré mes entraînements intensifs. Il n’est définitivement bon à rien. Je l’ai mis aux fers dans la cale, mais on le vendra sûrement d’ici peu.
Nelson s’approcha du Tyranocif en bombant le torse, et posa une main sur le dos de l’immense Pokémon.
— Non… Ce Tyranocif est la mère de ton Embrylex. Je les ai capturés tous les deux il y a bien longtemps, et elle a su se rendre utile tant que je ne faisais pas de mal à son petit.
Arisson resta sans voix. Il se remémora tous les évènements qui avaient eu lieu dans la Crique des Sanglots. Si Embrylex avait obéi si aveuglément au Capitaine, c’était peut-être pour cette raison… Nelson admira le visage désespéré du garçon et ajouta avec une voix sans aucune pitié :
— Mais à présent, elle commence à vieillir. Dans le temps, elle aurait transpercé ton stupide « Voile Miroir » comme du beurre. Elle ne me sera bientôt plus d’aucune utilité.
Il jeta un regard cruel vers son équipage et lança :
— On a un grand ménage qui nous attend, les gars !
Des rires narquois éclatèrent parmi les pirates. Mais soudain, une trappe dans le pont du navire s’ouvrit violemment. Un Embrylex en jaillit et atterrit sur le pont, à bout de souffle. Un imposant anneau de métal lui étreignait le cou, et il traînait des chaînes derrière lui, mais Arisson reconnut aussitôt son partenaire, et ses yeux se remplirent de larmes.
L’un des pirates s’exclama :
— Bordel ! Il a encore réussi à se faire la malle ! Va falloir utiliser du matos plus sérieux pour cet avorton !
Le pirate se précipita vers lui, mais Embrylex lui asséna un puissant coup de corne qui l’envoya s’écraser contre le mât.
Nelson s’approcha doucement d’Embrylex en lui lançant un regard à glacer le sang :
— Eh bien quoi, Embrylex ? Tu t’en prends à nous, maintenant ? On dirait que je ne vais plus pouvoir te faire obéir en menaçant ta mère. De toute façon, votre rôle a déjà pris fin.
Embrylex se rua vers le Capitaine et sauta de toutes ses forces, la corne en avant. Mais Nelson empoigna sa corne en plein vol et l’arrêta net. Il brandit son bras droit en exhibant Embrylex avec fierté.
— Tu n’as pas réussi à faire un homme de mon fils. Tu auras été faible jusqu’au bout.
Arisson comprenait soudainement tout ce qui s’était passé. Il était convaincu qu’Embrylex ne l’avait pas trahi de son plein gré, qu’il voulait protéger sa mère… Mais maintenant qu’il avait retrouvé son ami, ils étaient tous les deux impuissants.
— Ne te laisse pas faire, Embrylex ! hurla le jeune garçon. Bats-toi comme on l’a toujours fait !
Embrylex serra les dents et tenta de se défaire de l’étreinte du Capitaine, mais ce dernier le relâcha et lui asséna un violent coup de pied qui l’envoya s’écraser sur le pont.
— Pathétique… souffla Nelson.
Il se retourna alors vers ses deux otages, toujours prisonniers de l’étreinte de Tentacruel.
— Dès que les dégâts seront réparés, on se mettra en route. On a une cargaison à vendre.
Des membres de l’équipage se précipitèrent vers Embrylex pour le remettre à la cale, mais ce dernier lança aussitôt une attaque « Éboulement » et projeta des rochers sur ses agresseurs.
Nelson s’approcha alors du petit Pokémon avec un air dédaigneux.
— Fais très attention, misérable avorton. Si tu t’entêtes jusqu’au bout, je ne prendrai même pas la peine de te vendre…
Embrylex fixa Nelson avec un regard empli de haine, il semblait animé par une colère qu’il avait refoulée depuis des années.
Nelson plissa les yeux, satisfait de sa supériorité, et ajouta :
— Un accident est si vite arrivé en mer… Qui en ferait les frais le premier ? Ta mère adorée ? Ou peut-être ton précieux ami que tu viens de retrouver ?
Embrylex jeta un regard inquiet à sa mère, puis à Arisson. Il souhaitait profondément protéger ces deux êtres qui avaient beaucoup compté dans sa vie, mais il se sentait impuissant…
Nelson s’essuya la semelle sur le petit Pokémon et posa un pied victorieux sur le ventre d’Embrylex.
— Maintenant, cesse de brasser de l’air et retourne dans la cale.
— Embrylex ! hurla Arisson. On ne va pas les laisser nous séparer une nouvelle fois !
Les pirates observaient la scène avec des ricanements sadiques. Embrylex avait les yeux fixés vers le ciel, le regard vide. Bientôt, des larmes commencèrent à se former dans ses yeux. C’était la première fois qu’Arisson le voyait pleurer.
— Bref, conclut Nelson, faites-moi le ménage et…
Il fut interrompu par une lueur aveuglante qui se dégagea soudainement d’Embrylex. Le Capitaine retira son pied, les yeux écarquillés. Le corps d’Embrylex se mit à grossir, puis il prit une forme cylindrique. L’anneau de métal qui l’entravait éclata net.
L’instant d’étonnement passé, Nelson déclara avec assurance :
— Bah… Il est en train d’évoluer. La belle affaire. Ce n’est pas avec un Ymphect qu’on va déchaîner les foules, mais ça augmentera sûrement son prix.
Mais la lueur se dégageant d’Embrylex se faisait de plus en plus intense, et son corps continuait de grossir, surpassant bientôt largement la taille d’un Ymphect, il finit même par dépasser Nelson.
Ce dernier leva la tête, d’un seul coup nettement moins rassuré :
— Que… C’est une blague ?!
Arisson observait la scène avec stupéfaction : son partenaire était enfin en train d’évoluer, mais d’une manière totalement inattendue.
Le corps d’Embrylex dessina bientôt une queue imposante, et des pics menaçants. D’un seul coup, la lumière se dissipa et laissa apparaître un puissant Tyranocif qui poussa un cri terrifiant.
Tout l’équipage se figea, personne n’osait bouger. Le Pokémon nouvellement évolué fixa Nelson avec un regard terrifiant. Puis il se dirigea vers lui avec lenteur. Chacun de ses pas faisait trembler l’ensemble du navire.
Le Capitaine était déstabilisé, mais tâchait de ne pas perdre la face.
— F-Formidable ! lança-t-il avec une fausse admiration. Tu n’es pas si inutile, finalement !
Le père d’Arisson comprit rapidement que Tyranocif n’avait aucune intention d’écouter ses compliments.
— Ne fais pas l’idiot… dit-il en serrant les dents. Si tu te déchaînes sur ce navire, on finira tous au fond de l’océan. Un gros balourd comme toi coulera comme une pierre.
Tyranocif hésita un instant, mais Arisson l’interpella :
— Embry… Tyranocif ! J’ai toujours ta Pokéball ! Je ne l’ai jamais quittée ! On peut s’en sortir !
Nelson commença à perdre patience et hurla :
— Ça suffit, maintenant ! Crois-tu que ta vieille mère pourrait s’en sortir, elle ?
Tyranocif jeta un regard désespéré à sa mère, épuisée, couverte de chaînes, la mine sombre.
— Elle n’a pas de Pokéball, ajouta Nelson d’un air menaçant. Elle restera enchaînée et ira dormir au fond de la mer.
Le partenaire d’Arisson baissa un instant les yeux, mais en les relevant, il vit que sa mère lui jetait un regard à la fois résigné et déterminé. Tous deux savaient quel destin les attendait s’ils restaient ici. Nelson n’allait certainement même plus prendre la peine de les vendre. Il avait l’intention de se débarrasser du problème. Il n’y avait plus d’échappatoire.
Le Capitaine s’approcha de Tyranocif, les deux mains tendues vers lui pour tenter de le calmer :
— Allons, sois raisonnable, tout va bien se…
Il manqua de s’étouffer en constatant qu’une puissante lueur se dégageait de la gueule de l’immense Pokémon.
Non loin de là, un autre voilier de taille modeste naviguait à un rythme lent. À son bord, Marvin, Phil et Armin observaient les alentours.
Le silence de l’océan fut brisé d’un seul coup lorsque le bruit d’une gigantesque explosion retentit.
— Nom d’une pipe ! cria Marvin en s’accrochant à la barre. Qu’est-ce que c’est que cette pétarade ?
— Ça venait du sud ! lança Armin en montrant la direction du doigt.
Le navigateur fit aussitôt cap vers la source de l’explosion.
— Ça fait des heures qu’on tourne en rond sans rien trouver… grogna Phil. On tient p’têtre enfin un truc.
— Nos informations ne sont pas très précises, ajouta Armin. La Confrérie de la Terre a certainement caché ce prisonnier dans un endroit qui ne figure sur aucune carte.
— En tout cas, faisons gaffe ! conseilla Marvin. Rappelez-vous comment a fini le premier « Fier Goélise »…
C’est alors que les trois compères virent apparaître une silhouette élancée se déplaçant péniblement à la surface de l’eau. Ils comprirent bientôt qu’il s’agissait d’un Milobellus transportant deux passagers.
Armin plaça la main à sa ceinture, prêt à dégainer des Pokéballs si besoin. Phil fut le premier à discerner que l’un des deux hommes portait un long manteau noir, il s’écria :
— Attention, les gars ! C’est un Libérateur !
Le Milobellus continuait d’approcher, il semblait avoir du mal à se mouvoir dans l’océan. Phil empoigna une Pokéball, mais Armin lui attrapa le bras pour l’arrêter.
— Attends, conseilla le Leader. Il y a un vieil homme avec lui, et leur Pokémon a l’air mal en point.
Lorsque les deux naufragés arrivèrent à la hauteur du navire, Marvin lança avec l’air taquin qui lui était propre :
— Oh hé ! Du bateau ! Vous avez besoin d’un coup de main ?
Arisson balaya les trois hommes du regard pour tenter de comprendre leurs intentions, mais réaliser qu’il ne s’agissait pas d’une Confrérie lui suffisait pour le moment. Il répondit :
— Oui… On a été attaqués… Mon Milobellus est épuisé…
Marvin lança une bouée aux deux hommes et les hissa à bord. Arisson rappela le Pokémon à bout de force dans sa Pokéball. Aussitôt, Phil se jeta sur lui et le plaqua au sol de ses bras musclés. Arisson n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il lui arrivait qu’il avait déjà le visage contre les planches du pont.
— Bouge pas, toi ! grogna Phil.
— Laissez-le ! s’interposa aussitôt Gensîl. Ce jeune homme m’a sauvé la vie.
— On prend nos précautions, répondit Marvin. Ce gars a tout l’air d’être un Libérateur. Des gens plutôt dangereux.
Armin réfléchit quelques instants et demanda :
— Qui êtes-vous, monsieur ? Que faites-vous au beau milieu de l’océan ?
Gensîl resta silencieux, il ne savait plus à qui il pouvait se fier. Armin continua :
— Nous ne sommes pas ici par hasard, et j’aimerais croire que vous non plus. Est-ce que vous ne seriez pas Gensîl ?
L’ermite fut surpris que cet inconnu connaisse son nom, alors que même son sauveur ignorait qui il était. Il se résolut donc à ne plus faire de détour.
— C’est bien moi, déclara-t-il calmement.
Marvin était stupéfait.
— Nom d’un Tentacool boiteux ! cria-t-il. Vous étiez pas censé être sur une île blindée de fidèles ? Comment ce gringalet a pu vous sortir de là ?
— Vous semblez bien informés, répondit Gensîl. À qui ai-je l’honneur ?
Tandis que Phil était occupé à ligoter Arisson, Armin tendit une main amicale à Gensîl :
— Nous sommes des Combattants de l’Ombre. Et je suis Armin, le Leader de ce groupe.
Gensîl était épuisé par sa captivité et couvert de haillons détrempés. Il sentait que ses pouvoirs spirituels avaient diminué, et il n’était pas encore capable de déceler les pensées de ses interlocuteurs. Mais quand il serra la main d’Armin, il sentit une immense détermination. Une force extrêmement vive qu’il n’avait plus ressentie depuis qu’il avait rencontré un jeune dresseur amnésique.
— Connaissez-vous Cyrio ? murmura le vieil homme avec une lueur d’espoir dans les yeux.
— En effet, répondit Armin. C’est grâce à lui que nous sommes ici.
Le visage toujours plaqué au sol, Arisson ne put s’empêcher de sursauter en entendant ces mots.
— Je dois le voir au plus vite, déclara Gensîl avec gravité.
— Oui, acquiesça Armin. Vous avez beaucoup de choses à vous dire.
Gensîl fixa l’horizon sans rien ajouter. Il ne pouvait se résoudre à sourire. Il savait que son ami Marcus était certainement toujours entre les mains de la Confrérie de la Terre et que son sort serait bientôt scellé. Malgré tout, l’ermite ne pouvait pas gâcher cette seconde chance. Il le sentait, le destin lui avait une nouvelle fois tendu la main.
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