/!\ Cette série a pour but de conclure l’histoire de Pokémon Origins, et devrait être lue uniquement après avoir fini les 5 Chapitres disponibles dans le fan game ainsi que les autres fictions de notre site web.

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Épisode 2 : Notre foyer

La mer était calme, pas une vague ne troublait sa surface. Seul un petit voilier s’avançait au milieu de l’immense étendue, comme un point insignifiant perdu dans l’infini.
Cyrio et ses compagnons se trouvaient à bord de cette embarcation, guidés par Marvin qu’ils avaient eu la joie de retrouver après leurs aventures dans le Sud d’Elenos.
Armin se tenait à la proue du navire, fixant l’horizon avec l’air grave qui le caractérisait. Il repensait aux évènements de ces derniers jours.

Depuis peu, une vague de chaleur sans précédent s’était abattue sur la région. En quittant le désert, les Combattants de l’Ombre s’attendaient à traverser les marécages humides du Sud-Ouest d’Elenos, mais ce sont des étendues desséchées et écrasées par le soleil qu’ils avaient parcourues.
Armin et sa troupe devaient retrouver Marvin au sud-ouest pour embarquer vers l’île d’Asténia, qui servait de Quartier Général aux Combattants de l’Ombre. Le Leader du groupe avait souhaité faire une halte à Kaludis, le village natal de Clive, pour annoncer lui-même sa disparition à sa famille. Comme Armin s’y attendait, la nouvelle fut reçue avec douleur et chagrin. Les parents de Clive étaient convaincus qu’il n’aurait jamais dû rejoindre ce groupe, et qu’il était mort en vain.
Silencieux depuis le départ du navire, Armin rejouait les évènements dans sa tête. Il était aussi très meurtri de la mort de son compagnon, mais il était convaincu que tout cela n’avait pas été vain. Un jour, les efforts de Clive, de Phil, d’Ariane, de Chiaki, de Cyrio et de tous les autres, aboutiraient à un avenir meilleur pour Elenos.
Sa méditation fut interrompue par Phil qui ne cessait de s’agiter.
— Bordel… grogna le jeune homme sans tact, c’est abusé comment il fait chaud…
— On pensait que l’air de la mer nous rafraîchirait, commenta Ariane, mais on dirait que toute la région est devenue une fournaise.
Imperturbable, Marvin tourna en dérision les plaintes de ses cadets :
— Désolé, les p’tits gars, j’ai pas encore installé la clim à bord du Fier Goélise 3 !
— « 3 » ? répéta Pierre en sortant de sa torpeur. Comment ça, « 3 » ?
— Ben… répondit Marvin en se grattant la tête, le numéro 2 a eu quelques soucis de conception.
— C’est rassurant… conclut Thomas.
— Si on pouvait faire une traverser sans finir au fond de l’eau, ça serait un progrès… ronchonna Pierre.
Cyrio restait silencieux, il se demandait ce qui l’attendait sur cette île.

Après un long moment, la plupart des passagers semblaient somnoler, cherchant de l’ombre où ils pouvaient. Cyrio s’aperçut qu’Armin fixait toujours l’horizon avec vigilance et détermination, il se décida donc à l’interroger.
— Votre Chef… c’est quel genre de personne, au juste ?
— C’est « notre Chef », Cyrio. Tu es un Combattant de l’Ombre à part entière.
— C’est vrai…
Armin esquissa un léger sourire et répondit :
— C’est quelqu’un de très… clairvoyant. Il a toujours une excellente compréhension de la situation, et on ne peut rien lui cacher.
Cyrio se sentit de plus en plus gêné. Il n’avait toujours pas révélé à ses camarades la vérité sur son amnésie, et sur ce passé dont il ignorait presque tout. Il savait qu’à un moment ou un autre, il devrait leur faire confiance et exposer sa vulnérabilité. Mais comment aborder le sujet ?
Armin sembla sentir les doutes de Cyrio et se contenta d’ajouter :
— Ne t’inquiète pas, je suis sûr qu’il sera très heureux de te rencontrer. J’ai suffisamment vanté tes exploits pour que ta réputation te précède.
— Ce n’était pas nécessaire… répondit Cyrio en s’épongeant le front.
— Je n’ai fait que relater la vérité. Tes faits d’armes parlent pour toi, tu nous as déjà maintes fois tirés d’affaire.
Cyrio ne savait quoi répondre et se contenta de murmurer :
— Merci…

Le matin suivant, le soleil commençait à s’élever au-dessus de l’océan dans un air matinal anormalement chaud et lourd.
Toujours concentré sur l’horizon, Armin se tourna enfin vers ses compagnons en s’écriant :
— Réveillez-vous ! On arrive en vue de la muraille !
Cyrio émergea du sommeil dans lequel il venait à peine de se plonger, et se leva péniblement. Toute la troupe était debout pour admirer le spectacle. Le jeune homme se frotta les yeux et observa au loin.
— Mais qu’est-ce que c’est que ça… ? laissa-t-il échapper.
À l’horizon se dressait un immense mur d’eau, comme si une cascade tombait du ciel et barrait la route de quiconque voudrait aller plus loin. L’eau semblait monter au centre de la structure et s’abattre lourdement vers l’océan une fois qu’elle atteignait le sommet.
— C’est la muraille qui protège notre île, expliqua Armin. Il se trouve que notre Chef s’est lié d’amitié avec deux Pokémon aux pouvoirs prodigieux : Latios et Latias. Ils utilisent leur pouvoir pour dresser ce mur d’eau et empêcher les intrus d’aborder notre Quartier Général.
Cyrio était bouche bée. Qui aurait cru que des Pokémon avaient un pouvoir assez grand pour entourer une île entière d’une muraille d’eau ?
Le voilier s’approcha petit à petit de l’immense chute d’eau. Marvin semblait scruter les alentours, et Cyrio se demanda comment ils allaient pouvoir passer.
— Le voilà ! s’écria soudainement Marvin en montrant le ciel du doigt.
Cyrio suivit la direction pointée par le navigateur. Il aperçut alors un imposant Pokémon ailé qui survolait la muraille. Il était d’un bleu éclatant et dégageait une grande dignité.
— C’est Latios, commenta Armin, il va nous laisser passer.
Aussitôt, la muraille d’eau commença à se fendre légèrement, et une petite arche se forma pour permettre au navire de passer.
L’embarcation avança doucement à travers un long tunnel dans une ambiance totalement surnaturelle. Seul le bruit assourdissant de l’eau qui retombait aux alentours emplissait les lieux, et Cyrio réalisa à quel point la muraille était épaisse.
Le groupe émergea enfin de l’autre côté, et une côte sableuse apparut à quelques centaines de mètres.
— Bienvenue à Asténia, lança Armin en souriant.
Cyrio observa l’horizon et aperçut des bâtiments qui se dessinaient déjà.
— Il y a beaucoup de Combattants de l’Ombre qui vivent ici ? demanda-t-il.
— À vrai dire, répondit Armin, cette île abritait déjà une ville avant l’arrivée des Combattants de l’Ombre. Lorsque la situation à Elenos a commencé à s’envenimer, nous sommes arrivés ici et avons proposé notre protection aux habitants en échange de leur hospitalité. Nous avons donc fait de cet endroit un Quartier Général où nous nous retrouvons pour nos discussions stratégiques. C’est aussi un centre où nous formons la future génération de Combattants de l’Ombre.
Sur la plage qui se faisait de plus en plus proche, Cyrio aperçut deux enfants qui semblaient concentrés sur un combat entre un Rattatac et un Machopeur. En surplomb, un homme barbu et aux cheveux rasés de près les observait avec attention. Cyrio était surpris de découvrir tant d’activité sur cette île, et il sentit l’espoir le gagner.
L’homme qui supervisait l’entraînement des enfants aperçut rapidement le voilier et fit un signe de la main dans sa direction. Marvin accosta sur un ponton de bois et toute la troupe descendit sans attendre, ravie de retrouver la terre ferme.
L’homme barbu s’approcha et interpella le groupe :
— Content de vous revoir, ça faisait un bout de temps.
Armin le salua et se tourna vers Cyrio.
— Cyrio, je te présente David. Tout comme moi, il est le Leader d’une troupe des Combattants de l’Ombre.
— Voilà donc le prodige Cyrio… commenta David en se grattant la barbe.
Il devait avoir une quarantaine d’années et était un peu plus petit que Cyrio. Malgré tout, il avait une stature imposante et un grand charisme se dégageait de lui.
— Le Chef commençait à trépigner à l’idée de te rencontrer, plaisanta David. Mais pas autant que…
Il fut interrompu par un cri lancé de l’autre côté de l’allée pavée qui menait au ponton :
— Cyrio !!
Une jeune fille aux cheveux noirs et avec un bandeau rouge se précipitait vers Cyrio. Il n’eut pas le temps de comprendre ce qu’il se passait qu’elle l’avait déjà enlacé avec force.
— C’est pas possible… murmura-t-elle. C’est bien toi…
La voix de la jeune fille trahissait qu’elle retenait des sanglots. Soudain, les yeux de Cyrio se remplirent de larmes. Sans même réfléchir, il murmura à son tour :
— Kira…
Toute la troupe de Cyrio semblait dans l’incompréhension, mais personne n’osait troubler ce moment suspendu. Après quelques secondes, Kira retira finalement sa tête des épaules de Cyrio et haussa le ton :
— Mais où t’étais passé ?! Pourquoi tu m’as laissée sans nouvelles aussi longtemps ?!
Derrière ses larmes, le regard de Cyrio était complètement perdu. Il se contenta de balbutier :
— Je… Je ne sais pas…
Surpris par la vivacité des émotions de ces retrouvailles, David posa une main sur l’épaule de Kira et lui dit calmement :
— Allons, Kira… Ton frère doit être fatigué, laisse-le se remettre de son voyage.
À ces mots, Phil, Ariane et Marvin ne purent s’empêcher de crier à l’unisson :
— Son frère ?!
— Mais c’est quoi ce délire ?! s’emporta Phil. Tu nous as jamais parlé de ça !
Sentant le sol se dérober sous ses pieds, Cyrio s’assit sur une caisse en bois au bord du ponton. Les yeux fixés vers le sol, il déclara avec confusion :
— En fait, je… Je suis amnésique.
— Amnésique ?! cria Phil. C’est une blague ?!
Armin fit un signe autoritaire à Phil et lui lança :
— Calme-toi, Phil. Laisse-le parler.
— Je… continua Cyrio. J’ai subi un choc et j’ai perdu la mémoire dans les Montagnes du Nord. C’est après ça que je suis parti en voyage.
Kira était bouche bée, elle n’aurait jamais imaginé retrouver son frère dans cet état. Elle lui lança avec incrédulité :
— Mais… tu viens de dire mon nom ! Tu n’as quand même pas tout oublié !
— Quelques bribes me sont revenues, répondit Cyrio. Mais je n’ai quasiment aucune idée d’où je viens, alors je n’aurais jamais rêvé te retrouver ici…
Après un moment de confusion, Kira se pencha vers Cyrio et le tira par le bras pour le redresser. Elle l’empoigna et commença à le traîner vers un autre ponton.
— Viens avec moi, s’écria-t-elle.
— Une seconde, Kira ! s’interposa David. Où est-ce que tu vas ? Cyrio doit s’entretenir avec le Chef !
— C’est une urgence, répliqua-t-elle. J’avais déjà prévu de l’emmener quelque part, et vu ce qui lui arrive, il en a grand besoin.
— Tu ne peux pas agir à ta guise ! s’agaça le Leader.
— Ne t’inquiète pas ! Mon voilier est prêt, j’ai assez d’eau et de provisions. On sera rentrés dès demain.
Sans comprendre ce qui lui arrivait, Cyrio suivit Kira jusqu’à un autre ponton où les attendait un navire plus petit que celui de Marvin.
— Elle n’en fait toujours qu’à sa tête… soupira David en se tenant le front.
Les autres membres de la troupe avaient observé la scène, médusés, et ne savaient plus quoi dire. Armin s’approcha de David et lui déclara :
— Tu vas devoir éclairer notre lanterne, mon ami.

Quelques heures plus tard, Cyrio était de retour au milieu de l’océan, cette fois en compagnie de Kira. Elle ne cessait de lui poser des questions sur ce qu’il avait fait et ce qu’il avait oublié. Elle était toujours aussi stupéfaite et incrédule à chaque réponse de son frère.
— Et tu es sûr que tu n’as pas retrouvé Eric ? insista-t-elle.
— Pour la dixième fois, je ne m’en souviens pas… Je suis vraiment désolé…
Tout en tenant la barre du voilier, Kira se gratta nerveusement la tête et ajouta avec un mélange d’enthousiasme et de curiosité :
— Je fais de mon mieux pour te rafraîchir la mémoire, mais ça n’a pas l’air de marcher. J’espère que tu vas davantage réagir à l’endroit où on va.
— Et où est-ce qu’on va, à la fin ? s’exaspéra Cyrio.
— Je te l’ai dit, répondit Kira d’un air mélancolique, on rentre chez nous.

Après une longue traversée dans la chaleur de l’après-midi, une île se dessina enfin à l’horizon. Kira échoua l’embarcation sur un banc de sable et l’amarra avec soin. Cyrio descendit prudemment et observa les alentours avec perplexité. L’endroit semblait sauvage et désert.
Kira s’approcha doucement de lui, posa une main sur son épaule et murmura avec solennité :
— C’est ici qu’on a grandi… Toi, Eric et moi.
Cyrio resta silencieux, les yeux rivés sur la forêt qui s’étendait au-delà de la plage.
— Tous les trois… Ensemble… insista Kira.
— Tous les trois… répéta Cyrio à voix basse.
Il ferma les yeux un instant, comme pour mieux ressentir ce qui l’entourait. Une chaude brise chargée en iode lui frappait le visage, tandis qu’il sentait la présence rassurante de Kira à ses côtés.
Soudainement, il fut assailli par une succession d’images. Toutes ces journées d’entraînement passées sur la plage avec Eric et Kira, cette forêt où il avait rencontré son Ouisticram, ces soirées autour du feu… et le drame qui lui avait pris son Grand-père*. Cyrio était assailli par un flot de souvenirs, comme si un immense barrage venait de céder.

*Pour plus de détails sur la jeunesse de Cyrio, lire la série de fictions intitulée « Le projet “bougies” ».

Le jeune homme s’effondra à genoux sur le sable, les yeux exorbités, le souffle court.
— Co… balbutia-t-il. Comment j’ai pu oublier tout ça ?
Kira s’inquiétait de sa réaction, mais se réjouit de constater que quelque chose semblait se réveiller en lui.
— Alors ça y est ? Tu te rappelles ?
Cyrio était totalement confus et tentait de faire de l’ordre dans son esprit.
— Je ne sais pas… Beaucoup de choses viennent de me revenir… Des moments avec toi, Eric, et Grand-père… Mais c’est encore un peu flou…
— Prends ton temps, le rassura Kira en posant à nouveau une main sur son épaule. On va passer la nuit ici et on rentrera demain. Je vais nous faire un feu pour ce soir.

Cette nuit-là, Cyrio et Kira installèrent un camp de fortune près de la plage. Ils s’assirent autour du feu et admirèrent la voûte étoilée dans un silence contemplatif. Chacun était perdu dans ses pensées, mais Kira se risquait parfois à demander à Cyrio s’il se souvenait de telle ou telle chose. Cyrio faisait peu à peu de l’ordre dans sa mémoire fraîchement retrouvée, et était frappé de réalisations successives.
— Alors, Grand-père est… murmura-t-il.
— Oui… souffla Kira. Il s’est sacrifié pour nous sauver.
Cyrio avait le cœur déchiré, il avait l’impression de perdre un être cher dont il venait juste de se rappeler l’existence. Kira attendit quelques minutes et ajouta :
— Quand tu es parti à la recherche d’Eric, je t’en ai un peu voulu… Tu as fait comme lui, tu m’as laissée.
— Désolé… souffla Cyrio sans trop réaliser ce qu’il avait fait.
— Et est-ce que tu as réussi à intégrer la Confrérie du Feu ?
— En fait… je ne sais pas. Depuis qu’on est arrivés ici, j’ai retrouvé beaucoup de souvenirs de notre enfance, de quand on a fui l’île et de quand on survivait tous les trois. Mais après notre séparation, ça reste le noir complet…
— Je vois… soupira Kira avec déception.
— Je voulais juste qu’on soit réunis tous les trois, c’est tout ce dont je me souviens…
Cyrio et Kira contemplèrent le ciel de longues minutes sans rien dire. Les étoiles leur rappelaient les histoires que leur racontait leur Grand-père.
— En tout cas, déclara Kira, c’est une chance que j’aie trouvé les Combattants de l’Ombre. Ils m’ont donné un but, une cause à défendre.
— C’est vrai… répondit Cyrio. On n’a plus vraiment de foyer ou de patrie à défendre, mais en me battant pour libérer le peuple d’Elenos, j’ai l’impression de faire ce qu’il faut.
Kira posa doucement sa tête sur l’épaule de Cyrio et rétorqua :
— Tu te trompes… Notre foyer, c’est ça… Le lien qui nous unit.
Cyrio retint ses larmes et répondit péniblement :
— C’est vrai, on s’était dit qu’on aurait toujours un « chez nous » si on restait ensemble…

Le lendemain, Cyrio et Kira profitèrent d’une matinée ensoleillée pour marcher dans la forêt et échanger des souvenirs. Après une longue randonnée, Cyrio finit par revenir à la réalité et rappela à Kira qu’ils feraient mieux de retourner à Asténia pour retrouver les autres Combattants de l’Ombre.
— Je leur ai menti sur mon amnésie… se désola le jeune homme en baissant la tête. Je ne sais pas comment ils vont réagir.
— Ne t’inquiète pas, le rassura Kira. Tu leur as prouvé ta bonne foi à de nombreuses reprises. Explique-leur notre histoire avec sincérité, et ils te pardonneront.
Tandis que les deux voyageurs préparaient leur embarcation, ils aperçurent un navire à l’horizon. Cyrio se figea un instant, assailli par des souvenirs traumatisants qu’il venait de revivre la veille. Il se détendit finalement bien vite en voyant que Kira faisait un signe de la main en direction du petit voilier qui s’approchait.
— C’est David ! commenta-t-elle en souriant.
L’homme barbu échoua son bateau sur le sable, à proximité de Cyrio et Kira, et leur jeta un regard noir. Il s’adressa à la jeune fille avec autorité :
— Tu comptais revenir avant le mois prochain, Kira ?
— Désolée… répondit-elle en dissimulant son agacement. On avait beaucoup de choses à se dire.
Une voix s’éleva de derrière la voile du bateau, David n’était pas seul à bord :
— Allons, ce n’est pas si grave. En fait, ça me donne même une excuse pour venir découvrir cet endroit dont tu m’as parlé.
Un homme de grande taille émergea de derrière la voile. Il avait des cheveux noirs très courts et portait un fin gilet bleu. Mais ce qui frappa tout de suite Cyrio, c’étaient les cicatrices qui couvraient son visage et le bandeau noir qu’il portait sur les yeux. Il semblait manipuler un long bâton avec sa main droite, et Cyrio se demanda à quel genre d’entraînement il pouvait bien être en train de se livrer.
David débarqua à terre, et l’homme au bandeau s’engagea à sa suite. Une fois sur le sable, il balaya le sol avec son bâton par une série de mouvements lestes, comme pour examiner les alentours. Son bâton effleura Kira, puis Cyrio, mais il le maniait avec une telle dextérité que c’est à peine si Cyrio avait senti un choc.
Le jeune garçon n’osait rien dire, conscient de ne pas avoir fait une bonne première impression, et confus sur la situation.
L’homme au bandeau brisa finalement le silence :
— Alors c’est toi, Cyrio, hein ?
— Je… balbutia l’intéressé. Oui… C’est moi.
— Ravi de te rencontrer, je suis Guilhem, le fondateur des Combattants de l’Ombre, et accessoirement leur Chef.
Cyrio se souvint soudainement que c’était avant tout pour rencontrer cet homme qu’il était venu à Asténia. Guilhem s’avança en silence sur la plage, toujours en balayant le sol de son bâton avec des mouvements précis et agiles. Il prit une grande inspiration et déclara :
— Cet endroit doit certainement être magnifique. Il y règne en tout cas une ambiance particulière.
Ne pouvant plus retenir sa curiosité, Cyrio se décida à poser la question qui lui brûlait les lèvres :
— Euh… Pourquoi est-ce que vous portez ce bandeau ?
— Je suis aveugle, évidemment ! répondit Guilhem le plus naturellement du monde.
Cyrio était déstabilisé. Était-ce parce qu’il s’imaginait le Chef autrement, ou était-ce simplement parce qu’il venait de lui annoncer ça avec le même détachement que s’il lui avait dit qu’il avait les yeux bleus ?
— Quoi qu’il en soit, continua Guilhem, je me suis dit que c’était l’endroit idéal pour avoir une discussion privée avec toi, Cyrio. Allons marcher un peu.
Le Chef tourna le dos à Cyrio et se mit à longer la mer. Le jeune homme hésita quelques instants et se décida à le suivre.
— On vous attend ici, lança David.

Cyrio marchait doucement aux côtés de Guilhem, restant à bonne distance pour éviter de recevoir un coup de bâton. Il gardait toutefois une distance bien trop grande qui trahissait plutôt qu’il était intimidé.
— Tout d’abord, je te félicite et te remercie pour tous les services que tu as déjà rendus aux Combattants de l’Ombre.
— Euh… De rien…
— Ensuite, je souhaiterais que tu m’éclaires quelque peu sur ta situation. J’ai rencontré Armin hier qui m’avait l’air particulièrement troublé d’apprendre ton amnésie, tout comme le reste de tes camarades.
— C’est… C’est une longue histoire…
Guilhem s’arrêta de marcher et fit face à Cyrio. Même s’il ne voyait pas ses yeux, le jeune homme avait presque l’impression qu’il le fusillait du regard.
— Tu sais, Cyrio, tu as déjà accompli de grandes choses, mais si tu ne donnes pas toute ta confiance à tes camarades par peur qu’ils ne découvrent qui tu es réellement, tu ne pourras jamais totalement compter sur eux.
Cyrio baissa les yeux, ces paroles le touchaient. Il se demandait si ses compagnons pourraient un jour lui refaire confiance.
— Est-ce que tu as pu retrouver des souvenirs en venant ici ?
— Un peu… Des scènes de mon enfance me sont revenues depuis hier.
— Qu’en est-il de ton lien avec la Confrérie du Feu ?
Cyrio resta silencieux, terrifié à la simple idée de cette question. Guilhem reprit :
— Quand elle a appris que tu étais en vie, Kira a été bouleversée. Elle m’a alors raconté d’où vous veniez, et ce que vous aviez traversé. Elle ignorait cependant tout de ton amnésie. Quoi qu’il en soit, il m’a semblé évident que vous avez été entraînés en vue de servir la Confrérie du Feu.
— Vous… Vous en êtes sûr ? protesta Cyrio sans grande conviction.
— Je ne peux guère la voir, mais David m’a confirmé que Kira avait une marque en forme de flamme sur l’omoplate gauche. C’est un signe sans équivoque, et je suppose que tu portes le même.
Cyrio se remémora soudainement qu’il avait déjà vu cette marque dans le dos de Kira et d’Eric lorsqu’ils étaient enfants. Il se souvint également que leur Grand-père leur avait affirmé qu’il s’agissait d’une tache de naissance. À bien y réfléchir, cette explication n’était pas très satisfaisante…
— Je comprends que tout cela te fasse peur, reprit Guilhem. Tu as peur que tes compagnons t’associent à une Confrérie et te soupçonnent de trahison. Mais à présent, il est temps de faire preuve de transparence pour que nous avancions tous ensemble vers notre seul but : la libération d’Elenos.
Cyrio baissa les yeux. Il sentait que le Chef avait raison. Il allait être temps d’assumer son passé devant ses camarades. Guilhem sourit et reprit son discours :
— Laisse-moi te faire une démonstration de transparence : figure-toi que je suis moi-même un ancien membre de la Confrérie de l’Eau.
Cyrio resta bouche bée. Cet homme ne cessait de lui lancer des révélations avec un sang-froid à toute épreuve.
— Dans une autre vie, j’étais un Fidèle de l’Eau parmi tant d’autres, formé à des tâches de logistique et de gestion. J’avais absorbé toute notre doctrine dans mon enfance, mais mes missions m’ont amené à découvrir le monde extérieur et je ne cessais de me demander ce qui était vraiment bon et juste. Un jour, je participais à une mission au cours de laquelle mon ancienne Confrérie avait capturé un Pokémon légendaire : Latias. Leur but était d’exploiter ses pouvoirs, et également d’attirer Latios, ces deux Pokémons partageant un lien très fort. Lorsque j’ai constaté quel traitement mes supérieurs faisaient subir à cette pauvre Latias, et quand j’ai compris le sombre destin qui l’attendait, je n’ai pas pu rester sans rien faire. Une nuit, je me suis introduit dans l’enceinte où elle était retenue, et je l’ai relâchée. Malheureusement pour moi, quelqu’un m’a repéré, et j’ai été capturé… J’ai ensuite subi une série de tortures pendant plusieurs jours… Mes supérieurs étaient convaincus que j’avais agi pour le compte d’une autre Confrérie et voulaient à tout prix obtenir des aveux. Personne ne semblait capable de concevoir qu’un Fidèle puisse désobéir par pure soif de justice.
Cyrio écoutait l’histoire de Guilhem avec attention. Il était très surpris, mais aussi soulagé de constater que même le fondateur des Combattants de l’Ombre avait aussi un lien avec une Confrérie.
— Enfin bref, reprit le Chef, au cours d’une de ces séances de torture, on m’a plongé le visage dans de l’eau bouillante. J’ai subi des brûlures irréversibles et j’ai également perdu l’usage de mes yeux. Tout ce que j’ai avoué, c’était que quelque chose ne tournait plus rond dans la Confrérie qui devait nous guider vers une vie meilleure. Personne ne m’a écouté, et mon exécution a finalement été planifiée quelques jours plus tard. La nuit qui précédait l’évènement, Latios a fait irruption et a détruit ma cellule. Il m’a permis de m’échapper in extremis.
Guilhem se tourna vers la mer, comme s’il pouvait voir au-delà, et il conclut son histoire :
— Ensuite, il m’a amené sur Asténia, où les habitants m’ont trouvé et soigné. C’est au contact de ces braves gens que mon constat n’a fait que se renforcer : les Confréries étaient en train de précipiter toute la région dans le chaos. Et pour quoi ? Pour des batailles d’ego. Aucune vie ne devrait être sacrifiée pour ça.
— Je comprends… répondit Cyrio en hochant la tête. C’est à partir de là que vous avez fondé les Combattants de l’Ombre.
— Absolument, répondit le Chef en souriant derrière ses cicatrices.
Il se tourna de nouveau vers Cyrio et lui déclara :
— Tu es comme moi, Cyrio, notre parcours est atypique, et cela fait notre force. J’ai de grands projets pour toi, mais avant cela, tu dois une explication aux compagnons qui ont foi en toi.
Il baissa la tête et continua :
— J’ai appris à mes dépens que cacher son passé à nos compagnons d’armes peut avoir des conséquences désastreuses. Alors crois-moi, il est temps de t’ouvrir.
— Vous avez raison…
— Bien ! Alors il est temps de rentrer à Asténia !

Cyrio et Guilhem retrouvèrent Kira et David, puis firent route vers l’île des Combattants de l’Ombre. Ils arrivèrent en fin d’après-midi, toujours sous une chaleur étouffante. Tous les compagnons de Cyrio l’attendaient avec impatience : Armin, Phil, Ariane, Chiaki, Pierre, Marie, Thomas et Marvin. Tous ceux qui avaient cru en lui attendaient des explications.
Guilhem invita toute la troupe dans une immense villa, et ils s’installèrent dans un vaste salon qui devait certainement servir aux réunions stratégiques des Combattants de l’Ombre. Toujours dans l’appréhension de se dévoiler, mais soutenu par la présence de Kira, Cyrio résuma toute l’histoire à ses compagnons. Son enfance sur l’île avec Kira et Eric, leur fuite pour échapper à la Confrérie du Feu, son amnésie, la mission confiée par Gensîl, et même cet homme masqué qu’il avait rencontré plusieurs fois et qui s’en était pris à Clive…
Tout le monde l’écouta avec beaucoup de sérieux et de gravité. Armin dut plusieurs fois intervenir pour empêcher Phil d’interrompre Cyrio, mais le guerrier au sang chaud bouillonnait, surtout lorsqu’il apprit comment Clive avait été capturé.
Quand le jeune homme eut enfin terminé ses explications, tout le monde prit quelques instants pour digérer tout ce qu’ils venaient d’entendre. Phil fut bien évidemment le premier à intervenir.
— Ça me dégoûte… souffla-t-il. T’as laissé tomber Clive comme ça…
Armin intervint une nouvelle fois :
— Tu sais bien qu’il n’avait plus ses Pokémons habituels sur l’île d’Embrage, il n’était pas en situation de se battre. Il a au contraire suivi les consignes de Clive, c’était le mieux à faire.
Phil se leva et donna un grand coup de pied dans sa chaise, qui se renversa bruyamment sur le carrelage. Il sortit aussitôt du salon et claqua violemment la porte en criant :
— Bordel !
Cyrio se sentait très mal, c’était le genre de réaction qu’il redoutait.
— Ne t’inquiète pas, le rassura Armin. Tu connais Phil, et tu sais à quel point il tenait à Clive… J’irai lui parler.
— En tout cas, ajouta Ariane, ça n’a pas dû être facile de trouver le courage de nous dire tout ça. Je te remercie de nous faire confiance.
— C’est bien vrai ! renchérit Marvin. Chez les Combattants de l’Ombre, on est tous des gaillards à la peau dure, alors on est pas du genre à se raconter nos vies sans arrêt. On peut pas t’en vouloir d’avoir gardé ça pour toi.
— Merci… répondit Cyrio. Mais j’ai compris que mon passé avait un lien avec les Confréries, donc je ne pouvais plus le cacher…
— Tu as fait ce qui te semblait juste, conclut Armin. Et on ne peut qu’être reconnaissants de la confiance que tu nous montres à présent. On sait que tu es quelqu’un sur qui on peut compter.
— Toute cette histoire n’est pas encore éclaircie, ajouta Guilhem en croisant les bras. Il reste à déterminer pourquoi la Confrérie du Feu a tenté de vous éliminer, alors qu’ils semblaient superviser votre formation.
— En tout cas, déclara Chiaki, ça prouve que vous êtes bel et bien des ennemis des Confréries. Pour moi, c’est tout ce qui compte.
Kira écoutait cette discussion en dissimulant son émotion. Elle n’avait aussi évoqué son passé que récemment, et uniquement aux membres de sa propre troupe, elle était soulagée et émue de voir une telle réaction des compagnons de Cyrio.
— Il y a aussi cet homme masqué… reprit Armin. Tu ne parviens pas encore à te souvenir de ton lien avec lui, mais ses agissements posent question.
— Pour ma part, commenta Guilhem, il y a un autre détail qui m’intéresse particulièrement. C’est ce vieil ermite que tu as rencontré dans les Montagnes du Nord et qui t’a confié cette mission. À t’entendre, il avait l’air de savoir beaucoup de choses.
— Gensîl… souffla Cyrio. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de retourner le voir, depuis que j’ai rejoint les Combattants de l’Ombre…
— En fait, continua Guilhem, ce détail m’interpelle car j’ai reçu récemment une lettre d’un informateur basé au Nord-Est d’Elenos. Il m’a signalé qu’il avait repéré un groupe de fidèles de la Terre escortant deux prisonniers, des hommes plutôt âgés. Ils sont apparemment arrivés discrètement en accostant sur une plage près de Seinen Town, puis ils sont repartis sans faire de vague.
— Deux hommes âgés… répéta Cyrio en posant sa main sur sa bouche. Bon sang… Et si c’était… Mais quand est-ce arrivé ?
— D’après la date du message, reprit Guilhem, les faits ont eu lieu il y a un peu plus de trois semaines, pendant que vous étiez en mission sur l’île d’Embrage.
— Qu’est-ce que ça veut dire, Guilhem ? demanda Armin.
— Je ne sais pas… répondit le Chef avec gravité. Mais tout ce que l’on apprend ne fait que confirmer mes soupçons. Cela fait déjà longtemps que je réfléchis aux causes de ce conflit, et je suis convaincu que ce n’est pas une simple guerre de territoire. Quelque part, peut-être dans les hautes sphères des Confréries, des gens ont des intérêts tout autres. J’ai la conviction que ce vieil homme qui a envoyé Cyrio en voyage possède des informations importantes.
— Les choses sont certainement plus compliquées qu’il n’y paraît, en effet… confirma Armin.
Guilhem se leva de sa chaise et s’adressa à toute la troupe :
— Notre priorité à présent, c’est de découvrir ce que la Confrérie de la Terre a fait de ces prisonniers.
— On met un maximum de Combattants sur le coup ? demanda David.
— Tous ceux qui sont disponibles, oui. répondit Guilhem. Je ferai une réunion stratégique demain avec l’ensemble des forces en présence pour définir la meilleure approche. En attendant, vous pouvez prendre un peu de repos.
Kira regarda Cyrio avec inquiétude, elle ne saisissait pas encore l’ampleur de tout ce qui se passait, mais elle savait que le devoir les appelait et qu’ils seraient peut-être bientôt séparés.
Tout le monde se leva de sa chaise et commença à quitter le salon. Armin s’approcha de Guilhem et lui glissa :
— Es-tu bien sûr qu’il faille réagir de manière aussi radicale en se basant sur de simples hypothèses ?
Guilhem resta silencieux quelques instants et répondit avec solennité :
— Armin, mon ami. Je te demande une nouvelle fois de me faire confiance. Il semble que les cartes soient en train d’être redistribuées. Nos actions ont jusqu’ici consisté à entraver l’avancée des Confréries, sans vraiment parvenir à les repousser durablement. Je suis toujours resté convaincu que l’information était un objectif central pour détruire le mal par la racine. Avec son vécu, Cyrio nous offre aujourd’hui une opportunité de sortir du brouillard et d’enfin comprendre.
Armin hocha lentement la tête. Il semblait cependant toujours surpris d’une réaction aussi soudaine de son Chef. Mais il avait maintes fois fait ses preuves en temps que meneur et fin stratège, alors Armin était prêt à le suivre jusqu’au bout. Guilhem ramassa son bâton et adressa un dernier conseil à Armin :
— Connais ton ennemi et connais-toi toi-même.

Catégories : Fanfiction

1 commentaire

Alain · 1 février 2026 à 21 h 34 min

Merci infiniment. Je suis très heureux de lire l’évolution du récit dans lequel j’ai été plongé il y a bientôt quinze ans de cela ! Pokémon Origins est un projet ambitieux, et on ressentait son potentiel dès les premiers chapitres du jeu. J’ai hâte de découvrir la suite !!
Courage, vous touchez au but !!!

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